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CONTRE VENTS ET MAREES, IL A TENU BON...

Arafat l’irréductible 
 

 
 
Le président Arafat restera à jamais un symbole d’héroïsme pour tous les peuples du monde qui luttent pour la justice et la liberté », écrit Nelson Mandela dans la préface de la biographie Arafat, l’irréductible que publie Amnon Kapeliouk, collaborateur du Monde diplomatique (1). L’hommage s’adresse sans doute à celui que la communauté internationale – à l’exception d’Israël et des Etats-Unis – reconnaît comme étant le dirigeant légitime du peuple palestinien, sans tenir compte de l’image négative de l’homme que projette depuis des décennies la droite annexionniste en Israël. D’autres dirigeants qui l’estimaient tout autant que Mandela – entre autres Indira Gandhi, Bruno Kreisky, Olof Palme, Fidel Castro, Léopold Sedar Senghor, Houari Boumediene – savaient à quoi s’en tenir des campagnes de diabolisation que lancent des puissances coloniales pour récuser toute négociation avec des mouvements de libération nationale. 
 
« Ni diable ni ange » aurait pu servir de sous-titre au livre d’Amnon Kapeliouk. L’auteur fait état, sans insister, des fautes commises par Arafat tout au long de sa carrière – ses illusions de jeune révolutionnaire, ses erreurs de jugement, ses comportements empreints d’arrogance à l’égard des régimes arabes, qu’il méprise. Sans réduire les mérites de la biographie – l’une des meilleures parues à ce jour –, on pourrait reprocher à Kapeliouk d’avoir parfois ménagé le président de l’Autorité palestinienne ; de n’avoir pas fait état des conséquences néfastes du pouvoir personnel qu’il exerce ou du clientélisme qu’il entretient ; de la corruption dont il est accusé, à tort ou à raison ; de son incapacité de « communiquer » avec l’opinion, la sienne et celle d’Israël. 
 
Amnon Kapeliouk attache davantage d’importance aux qualités du leader palestinien, en particulier son pragmatisme, qui l’a conduit à abandonner son rêve de « libérer toute la Palestine », à lancer son projet de deux Etats en Palestine, de consentir nombre de concessions sans contrepartie pour arracher à Israël une « paix des braves ». En 1973, il ne pose aucune condition à sa participation à la conférence de la paix qui se tient à Genève, mais Israël, les Etats-Unis et la Jordanie opposent leur veto. En 1976, il inaugure – grâce à Pierre Mendès France et au communiste Henri Curiel – les premiers contacts secrets entre l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et des personnalités israéliennes de toutes tendances, y compris du Likoud, dont la nouvelle édition du livre de Charles Enderlin offre l’histoire la plus détaillée (2). 
 
Déjà, Arafat plaide en faveur d’un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza. En 1988, sous son impulsion, l’OLP reconnaît le droit d’Israël à l’existence en se ralliant à la résolution 242 du Conseil de sécurité, alors que celle-ci ne mentionne pas l’existence du peuple palestinien, ni à fortiori ses droits. En 1993, il souscrit à l’accord d’Oslo, que nombre de responsables et d’intellectuels palestiniens considèrent comme une sorte de trahison. Entre autres, le document ne reconnaît pas le droit des Palestiniens à un Etat souverain et ne prévoit pas le gel de la colonisation. Conscient de ces lacunes, mais aussi du rapport de forces favorable à Israël, Arafat avait choisi de s’en remettre à la « dynamique de la paix ». 
 
Kapeliouk explique bien pourquoi « l’irréductible » ne cédera pas sur l’essentiel des aspirations de son peuple : un Etat souverain sur la quasi-totalité de la Cisjordanie et de Gaza, dont la capitale se situerait à Jérusalem ; la reconnaissance, pour le principe, du droit au retour des réfugiés, quitte à s’entendre sur l’étalement d’un nombre limité de rapatriés qui n’accroîtrait pas la proportion des Palestiniens citoyens de l’Etat juif. Le « pacte de Genève » conclu par des personnalités proches de M. Yasser Arafat confirme l’opinion répandue dans les chancelleries que le leader palestinien est le seul qui ait suffisamment d’autorité pour faire adopter par son peuple un compromis acceptable au « camp de la paix » israélien. 
 
Eric ROULEAU  
 
Par Eric Rouleau 
Journaliste.  
 
 
(1) Fayard, 2004, 519 pages, 24 euros. 
 
(2) Charles Enderlin, Paix ou guerres. Les secrets des négociations israélo-arabes 1917-1995, Stock, Paris, 2004, 778 pages, 28 euros. 
 
Sources : Lien vers http://www.monde-diplomatique.fr/2004/04/ROULEAU/11118?var_recherche=ARAFAT> 
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Modifié en dernier lieu le 11.11.2004
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