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LE GOÛT DU SECRET

 
 
Arafat : l’homme Palestine 
 
Héros ou terroriste? Remarquable tacticien politique ou éternel hésitant? Quelle image l’histoire gardera-t-elle d’Arafat? Le visionnaire qui a su inventer le sentiment national palestinien, ou celui qui, par manque de courage et myopie politique, a échoué à donner une patrie à son peuple? Josette Alia revient sur l’incroyable destin de celui qui reste, en dépit de tout, le symbole des malheurs et de la lutte des Palestiniens  
 
Il n’aurait pas aimé quitter la scène au milieu des altercations, des tragiques querelles d’un entourage posant la question du pouvoir et de son héritage politique avant même l’annonce officielle de sa mort. Non, il n’aurait pas aimé cette bous-culade inconvenante, cette précipitation choquante. Certes, la confusion était prévisible, faute d’avoir su prévoir la succession. Mais Arafat voulait rester, et il restera en effet dans l’histoire, comme un mythe, une icône, le père fondateur d’une Palestine rêvée, taillée à la mesure de ses espoirs et de ses illusions.  
«Moïse plutôt que Josué», dira de lui, fasciné et dépité, l’ancien ministre israélien Shlomo Ben-Ami, qui fut à Taba son dernier interlo-cuteur. «Arafat est une expression mythologique de la cause palestinienne plutôt qu’un leader au sens politique du terme.» Certes. Mais c’est mal connaître l’histoire d’Arafat que de croire qu’il pouvait en être autrement.  
«Ma personne ne compte pas. Je ne suis que le reflet des sentiments de mon peuple. Ma mémoire est leur mémoire», disait-il souvent, avec une mauvaise foi évidente et une sincérité profonde. Il croyait que sa vie était dans la main de Dieu mais il assurait lui-même, et avec quel souci du détail, sa sécurité. Insaisissable, imprévisible, à Beyrouth comme à Tunis, en temps de paix comme en temps de guerre, il était toujours là où on ne l’attendait pas, modifiant in extremis ses itinéraires, couchant dans des endroits différents chaque nuit – précautions qui lui valurent d’échapper à une dizaine d’attentats et à deux ou trois bombardements «ciblés» sur des maisons qu’il venait de quitter. Il se savait laid avec sa barbe rare, son nez trop fort, sa bouche épaisse, et il avait affiché dans le couloir de son bureau, à Tunis, quelques caricatures peu flatteuses. Mais au bout d’un moment on oubliait son manque de charme pour ne plus voir que l’intelligence aiguë du regard, la chaleur du sourire. Il embrassait toujours deux fois, à l’orientale, les chefs d’Etat arabes qui avaient tenté de l’assassiner. Mais savait leur rendre, quand il le pouvait, la monnaie de leur pièce. Transformer ses erreurs en atouts politiques. Escamoter ses faiblesses. Rebondir quand on le croyait fini, liquidé. Se présenter à l’ONU pistolet à la ceinture mais rameau d’olivier à la main, l’un faisant passer l’autre. Roi du flou, prince de l’ambiguïté. Toujours en uniforme, martial et tonitruant lorsqu’il lançait du haut d’une tribune imprécations et appels à la lutte. Et puis une heure plus tard, dans le civil, attentif aux autres, presque trop prévenant. 
 
A la veille de la guerre du Golfe, le 14 août 1990, à Carthage, lorsqu’il raconte à Claude Cheysson, envoyé en urgence par François Mitterrand, sa récente entrevue avec Saddam Hussein, qui lui a dit: «J’attends le bombardement nucléaire américain, mais je ne me retirerai pas du Koweït», Arafat s’interrompt au moment le plus passionnant pour inviter Cheysson à comparer les miels dont il sucre toujours son thé. «Acacia? Tilleul? Non? Essayez le miel de montagne, c’est le meilleur.»  
Hôte attentif et chef de bande. Prompt à l’attaque, imparable à l’esquive. Capable de susciter des fidélités passionnées: en 1992, lorsque le pilote de son avion lui apprend, au-dessus du désert libyen, qu’un moteur ne répond plus et que le crash semble inéluctable, les gardes du corps et l’équipage le transportent vite à l’arrière de l’appareil, l’enveloppent de toutes les couvertures, gilets de sauvetage, vêtements qu’ils peuvent trouver, sans songer un instant à utiliser leurs parachutes ou à veiller à leur propre sécurité. L’avion s’écrase. L’équipage y trouvera la mort mais Arafat s’en sortira vivant.  
Depuis toujours, Arafat déroute, intrigue. Remarquable tacticien politique ou éternel hésitant incapable de prendre des décisions courageuses? Un terroriste ou le titulaire du prix Nobel de la paix? Le visionnaire qui a su inventer le sentiment national palestinien puis incarner pendant quarante ans la lutte des Palestiniens, ou celui qui, par manque de courage et myopie politique, par sa gestion aventureuse, son népotisme, son autoritarisme, n’a pu assumer sa tâche d’homme d’Etat et donner enfin une patrie à son peuple?  
Les historiens trancheront peut-être un jour. Ils auront du travail, car cet homme s’est sans cesse entouré de mystère. Toute sa vie a été marquée par le goût, le besoin, la culture du secret. Démêler la légende et la réalité, les faits et les approximations sera un cauchemar pour ses biographes. On sait par exemple que Mohammed Abdel Raouf Arafat al-Koudoua al-Husseini, fils d’Abdel Raouf al-Koudoua et de Zahoua Abou Saoud, est né le 4 août 1929. Mais où exactement? Il a toujours affirmé qu’il était né à Jérusalem, «dans une maison proche de l’esplanade des Mosquées», m’avait-il précisé un jour à Tunis avec une conviction qui n’a jamais varié. Pourtant deux semaines plus tard, au Caire, son jeune frère Fathi, un médecin épris de rigueur scientifique, me donnait une autre version – la vraie, sans aucun doute. Oui Yasser et lui, les deux derniers d’une fratrie de sept, sont bien nés au Caire, rue Toursina, dans le quartier de Sakakini, où les petites bourgeoisies musulmanes, juives et coptes cohabitaient en bonne intelligence. Les familles palestiniennes émigrées en Egypte y vivaient un exil qui n’était pas doré – souvent l’argent manquait. Mais les souvenirs glorieux compensaient: le père appartenait (par la branche pauvre) au puissant clan des Husseini, figures historiques de la Palestine, et la mère, Zahoua, une Abou Saoud, affirmait descendre du Prophète. 
De cette petite enfance a priori heureuse, Yasser et Fathi ont gardé un accent égyptien peu courant parmi les Palestiniens et, semble-t-il, quelques bons souvenirs. Mais à la mort de leur mère, en 1933, les enfants sont envoyés chez l’oncle Selim, qui habite Jérusalem. Là ils assisteront, terrorisés, à la féroce répression des Anglais contre le soulèvement palestinien de 1936. En quelques heures, la ville de Jaffa est rasée, 4000 Palestiniens seront pendus ou abattus. «Nous entendions le bruit des bottes des soldats anglais dans la rue», raconte Fathi. Sous les yeux des enfants terrifiés, les Anglais font irruption dans la maison, battent et embarquent l’oncle Selim. Yasser a 7 ans, Fathi, 4 ans. Ils n’oublieront jamais. 
En 1937 le père se remarie, Yasser et Fathi retournent au Caire. Ils habitent désormais rue du Baron-Empain à Heliopolis, qui restera pour les deux frères leur maison familiale. Fathi m’y conduit, me montre le manguier planté par Yasser dans le petit jardin alors abandonné, la barrière que Yasser sautait le soir pour rejoindre des copains. Ils sont orphelins, n’aiment pas trop leur belle-mère. C’est leur grande sœur Im’aan, devenue veuve très jeune, qui les prendra en charge. Grâce à elle, la famille se reforme, et Yasser Arafat, qui l’aima comme une mère, lui en garda toujours une grande reconnaissance.  
1948. Guerre de Palestine. Yasser Arafat a 19 ans, il fait des études d’ingénieur à l’université du Caire. Tout feu tout flammes, il s’engage dans l’armée égyptienne pour participer aux combats et libérer la Palestine. Première humiliation, première leçon politique. «J’étais à Gaza. Un officier égyptien est venu vers mon groupe et a demandé que nous lui remettions nos armes. Je ne pouvais pas en croire mes oreilles. Pourquoi remettre nos armes? L’officier nous a répondu que c’était un ordre de la Ligue arabe. Il m’a donné un reçu pour mon fusil.» Arafat a appris quelque chose qu’il n’oubliera pas: il ne faudra pas compter sur les dirigeants arabes pour libérer la Palestine.  
En 1950, l’université du Caire est en pleine ébullition politique. Les Frères musulmans combattent les Anglais? Arafat se joint un moment à eux, puis préfère regrouper les étudiants palestiniens en une organisation indépendante. Lorsque les «officiers libres» renversent le roi Farouk en juillet 1952, Yasser Arafat al-Koudoua, jeune homme mince en costume cravate, cheveux noirs plaqués et courte moustache, présente au général Neguib, au nom des étudiants palestiniens, une pétition écrite avec du sang, disant: «N’oubliez pas la Palestine.»  
Une voix bien isolée. Nasser se méfie de ces agitateurs qu’il croit liés aux Frères musulmans et met sa police à leurs trousses. En 1955, Yasser et Salah Khalaf (qui prendra plus tard le nom d’Abou Iyad) tentent de faire sauter à la dynamite une station de pompage en Israël. Ils sont arrêtés par la police égyptienne, puis relâchés. Mais il est évident que le climat n’est pas sain.  
En 1957, Arafat décide donc d’émigrer au Koweït. A l’époque, le Koweït est un Far West surréaliste. Pas d’hôtels, pas d’aéroport, pas de routes. Mais des maisons en forme de postes de radio, d’avions, de pagodes, des palais illuminés par des milliers de guirlandes électriques scintillant jour et nuit. Yasser, ingénieur diplômé, est chargé de construire des autoroutes qui, faute de place pour se déployer dans ce pays minuscule, dessineront des cercles autour de la capitale. «J’avais sept voitures dont une grosse américaine rouge, une voiture de sport superbe», m’a raconté un jour Yasser Arafat avec une pointe de nostalgie. Et plus tard, à Paris, quand Jean-Pierre Elkabbach le recevra au Crillon, Arafat répondra: «Je connais. Je descendais ici quand j’étais milliardaire.» 
Fortune faite en deux ans, Arafat (nom de guerre Abou Ammar) et ses amis Abou Jihad et Abou Iyad, venus le rejoindre, décident de mettre leurs énergies et leurs nouveaux dollars au service d’une seule cause: la Palestine. En octobre 1959, ils créent au Koweït une petite organisation militaire clandestine qu’ils appellent le Fatah. Im’aan au Caire reçoit une enveloppe ne contenant qu’un petit drapeau palestinien soigneusement plié. «J’ai compris que Yasser était entré dans la clandestinité», dit-elle. 
La suite est mieux connue. Dans les années 1960, la nébuleuse palestinienne se partage entre deux grandes tendances. A Beyrouth, le FPLP dirigé par Georges Habache, jeune médecin chrétien, est panarabe, marxisant et pro-nassérien. Une orientation bien dans l’air du temps, au moment de la nationalisation du canal de Suez, de l’unité syro-égyptienne, de Bandung et du non-alignement. Au Caire, le Fatah au contraire se veut nationaliste palestinien, et son modèle est le FLN algérien, qui vient de gagner sa guerre d’indépendance. Le premier bureau du Fatah est ouvert à Alger en 1963 dans l’indifférence générale («Fatah? Comment épelles-tu cela?», me dira-t-on au journal). Au sommet arabe de 1964, Nasser, pour contrer le danger que représentent ces jeunes révolutionnaires nationalistes arabes, crée l’OLP et la met entre les mains d’un homme à lui, Ahmed Choukheiry. Celui-ci fait adopter une charte appelant à la lutte armée et à la destruction d’Israël. Entre organisations palestiniennes clandestines mais rivales, la lutte se mène à l’arme blanche. Les hommes du Fatah sont torturés dans les prisons d’Amman, de Damas ou du Caire. Les chefs d’Etat arabes n’ont qu’un souci: contrôler et si possible utiliser ce mouvement palestinien naissant qui soulève déjà parmi les masses de la «rue arabe» une popularité qui leur est refusée. 
La guerre de 1967 réglera le problème. Battus en six jours, les régimes arabes humiliés, défaits n’ont plus aucun crédit. Le panarabisme est mort. Gaza et la Cisjordanie sont aux mains d’Israël, Jérusalem aussi. En 1968, le Fatah, seul rescapé de l’honneur arabe, sort de la clandestinité. Le 21 mars 1968, la bataille de Karameh, première victoire palestinienne sur les Israéliens, assied définitivement le pouvoir d’Arafat. Sa silhouette trapue, sa barbe de trois jours, son keffieh drapé rappelant la carte de Palestine sont devenus emblématiques. L’histoire d’Abou Ammar se confond désormais avec celle de l’OLP, dont il est élu président en 1969. 
Désormais, c’est lui qui dirige, lui qui assumera les erreurs tactiques ou stratégiques, qui surfera sur l’imprévu, lui qu’on donnera pour mort ou comme ressuscité. De 1967 à 1970, après presque vingt ans de clandestinité, Arafat est le héros du monde arabe humilié. Il vit ses heures de gloire. L’époque est au gauchisme. Les groupes radicaux palestiniens de Habache et de Hawatmeh, soutenus par les gauchistes allemands, français et japonais, décident de prendre le pouvoir dans un pays arabe. Lequel? La Jordanie, royaume réactionnaire peuplé en majorité de réfugiés palestiniens, semble toute désignée. Arafat n’est pas convaincu, mais il donne son feu vert. Le 6 septembre, trois avions sont détournés dans le désert, à côté d’Amman. Les Palestiniens pensent utiliser les otages comme monnaie d’échange. Hussein ne l’entend pas de cette oreille. Le 17 septembre l’armée jordanienne entre en lice. Résultat désastreux: les 50000 combattants palestiniens doivent se replier en désordre vers Beyrouth, laissant sur le terrain 3500 morts. Arafat, déguisé, s’envole vers Le Caire.  
De 1970 à 1983 s’ouvre une période chaotique. La nouvelle stratégie définie par l’OLP, réfugiée à Beyrouth, prévoit de «s’attaquer aux intérêts sionistes partout dans le monde» et de «soulever la base libanaise aux côtés des Palestiniens». Deux décisions dont les résultats seront catastrophiques. La première se traduit par une série d’attentats signés «Septembre noir» pour venger les combattant morts à Amman en 1970. Détournements d’avions, massacre provoqué par les kamikazes japonais à l’aéroport de Lod en 1972, prise d’otages et meurtres d’athlètes israéliens à Munich en septembre 1972. Malgré ses protestations, Arafat est considéré par le monde entier comme l’instigateur des attentats et devient un terroriste international infréquentable. Ni son discours à l’ONU en 1974 ni sa reconnaissance par les Etats arabes n’effaceront cette image.  
La seconde décision, au lieu de «soulever la base populaire libanaise», enfonce le Liban dans une impitoyable guerre civile qui durera quinze ans, ruinera définitivement le pays et fera des milliers de morts. Arafat, qui a engagé l’OLP aux côtés de la gauche libanaise, sera finalement rejeté par les deux parties. Mais les civils palestiniens réfugiés au Liban paieront le prix de cette erreur politique. A Tell el-Zaatar en 1976, et surtout à Sabra et Chatila en 1982, où ils seront systématiquement assassinés par les phalangistes libanais sous l’œil d’un Sharon, impassible, qui amorce déjà son bras de fer avec celui dont il a juré la perte. Le 30 août 1982, Arafat, encerclé par l’armée israélienne, ne sortira vivant du Liban que grâce aux navires français qui protègent sa fuite vers Tunis, où Bourguiga l’accepte avec son état-major mais sans ses troupes, dispersées à travers un monde arabe plus que jamais méfiant. 
Pour la troisième fois au moins, on annonce sa mort politique. Trop tôt. Car cette fois le «Vieux», comme on l’appelle maintenant, a tiré la leçon de ses échecs: l’action armée a partout et sous toutes ses formes échoué. La diplomatie, le réalisme, la négociation sont les seules voies encore ouvertes pour obtenir la reconnaissance d’un Etat palestinien. Arafat hésite. 
Trop longtemps peut-être. En 1988, les jeunes palestiniens de Gaza et de Cisjordanie, excédés par l’occupation israélienne, prennent l’initiative et déclenchent la «guerre des pierres». Les hiérarques en exil à Tunis seront-ils débordés par cette nouvelle génération «de l’intérieur»?  
Arafat se décide: le 15 novembre 1988, à Alger, il proclame un Etat palestinien qui implique la reconnaissance de l’Etat d’Israël. Six mois plus tard, à Paris, il déclare «caduque» la charte de l’OLP. Mais un énorme pas de clerc en 1991 le renvoie à la case «hors jeu». Il a apporté son soutien à Saddam Hussein, qui vient d’envahir le Koweït. L’Arabie Saoudite et d’autres Etats pétroliers arabes coupent les crédits alloués à l’OLP, des milliers de Palestiniens travaillant dans les pays du Golfe en sont expulsés, les Occidentaux mettent en quarantaine Arafat, officiellement exclu de la conférence de Madrid qui relancera les négociations entre Israël et le monde arabe.  
Le «Vieux» n’a plus d’avenir politique. Pourtant il rebondit. Les pourparlers secrets engagés à Oslo par son ministre Abou Ala et des émissaires de Shimon Peres lui sauveront la mise. Arafat se réintroduit dans le processus et c’est lui qui, le 13 septembre 1993, posera devant la Maison-Blanche, aux côtés de Clinton, Rabin et Peres. Succès inespéré et, enfin, retour à la maison! En 1994, il est reçu en héros à Gaza et acclamé par son peuple en liesse.  
Pourtant sur place rien n’est réglé. L’application des accords d’Oslo traîne, les colonies israéliennes continuent à se multiplier, le Hamas et le Djihad reprennent les attentats. En rétorsion, Israël boucle les territoires, condamnés à l’asphyxie économique. Arafat aurait-il dû trancher dans le vif, juguler les groupes armés au lieu de jouer la carte d’un consensus improbable? On ne le saura jamais. Le 4 novembre 1995, le Premier ministre israélien Itzhak Rabin est assassiné par un extrémiste juif. Il était le garant de la paix.  
Pour Arafat, c’est plus qu’un coup dur, c’est un drame. Il avait avec Rabin des liens de confiance qui ne se retrouveront plus. Et le Likoud est arrivé au pouvoir en Israël, bloquant sur le terrain toute tentative d’appliquer le calendrier d’Oslo, qui se vide peu à peu de son contenu. Le retour au pouvoir de la gauche en Israël pourrait relancer les pourparlers de paix. Mais entre le nouveau Premier ministre israélien Ehoud Barak et Arafat le courant ne passe pas. A Camp David, en juillet 2000, Clinton y mouillera sa chemise. En vain. Qui est responsable de l’échec? On dit Barak maladroit, et Arafat, buté. La fracture s’aggrave à Taba, en janvier 2001, lorsque les deux délégations israélienne et palestinienne réunies à la veille des élections israéliennes semblent sur le point d’aboutir à un règlement. Après une valse hésitation inexplicable, en tout cas inexpliquée, Arafat finalement bute sur le droit au retour des réfugiés et sur le statut de Jérusalem. Il refuse les propositions israéliennes. Sait-il que ce seront les dernières? Là encore, il faudra un jour faire le point des responsabilités.  
 
De toute façon, il est trop tard. Sharon arrive au pouvoir en Israël et Bush est élu président des Etats-Unis. La seconde Intifada éclate, de plus en plus meurtrière, avec son cortège d’attentats suicides et de représailles militaires. Arafat, reclus à Ramallah, dans son bunker à demi ruiné de la Mouqataa, coupé du monde, malade, politiquement affaibli, vit un long calvaire. Vilipendé en Israël, où Sharon le menace de mort, écarté par Bush en tant qu’interlocuteur possible, il est de plus en plus contesté par ceux-là mêmes qu’il a toujours défendus, les Palestiniens de la rue. 
C’est sur ce dernier crève-cœur qu’il entame sa longue descente vers la maladie et qu’il s’enfonce, tel un vieux roi abandonné, dans le crépuscule d’un destin hors norme, un destin shakespearien .  
 
 
Nelson Mandela  
«Nous savons avec quelle ardeur le président Arafat s’est engagé à poursuivre les négociations de paix afin d’aboutir à la reconnaissance mutuelle entre Israël et l’Etat palestinien. Il m’a dit être toujours déterminé à mener à bien le processus de paix et souhaiter la création d’une commission Vérité et Réconciliation qui serait chargée du cas israélo-palestinien, à l’image de celle qui a été créée chez nous. Il m’a interrogé sur notre expérience en la matière.» 
Préface au livre d’AmnonKapeliouk «Arafat, l’irréductible», Fayard, 2004. 
 
Edward Saïd  
«La capitulation d’Arafat [devant Israël] a fait de lui, qui incarnait le combat de son peuple pour l’indépendance, une sortede Buthelezi d’Israël,c’est-à-dire l’administrateur d’un bantoustan…»  
«Peace and its Discontents,Gaza-Jericho 1993-1995»,Vintage, 1995. 
 
Bill Clinton  
«Je lui ai dit: "Vous avez manqué une occasion en 1948. Vous en avez raté une autre en 1978 [lors du premier sommet de Camp David]. Et voilà que vous recommencez [au deuxième sommet de Camp David, en 2000]! Vous n’aurez pas d’Etat, les relations qui lient les Etats-Unis et les Palestiniens prendront fin. […]" Juste avant que je quitte la présidence, au cours de nos dernières conversations, Arafat m’a remercié des efforts que j’avais déployés et m’a dit que j’étais un grand homme. "Monsieur le Président, lui ai-je répondu, je ne suis pas un grand homme, j’ai échoué, et c’est à vous que je le dois." Je l’ai prévenu que son attitude était la meilleure façon de faire élire Sharon et qu’il s’en mordrait les doigts.» 
«Ma vie», Odile Jacob, 2004. 
 
Henry Kissinger  
«Aucune des personnes présentes n’oubliera jamais la réticence douloureuse avec laquelle Rabin serra alors la main d’Arafat, ni l’espérance contenue dans les propos quasi bibliques du Premier ministre israélien, d’ordinaire si taciturne. Et personne n’a pu manquer d’être ému par le long et tortueux parcours d’Arafat, cet ancien terroriste qui avait fini par se faire admettre comme responsable national sur un pied d’égalité avec les autres protagonistes.»  
«la Nouvelle Puissance américaine», Fayard, 2003. 
 
François Mitterrand 
« Il faut qu’Israël s’exprime clairement, et vous aussi. [...] Vos paroles sont justes, mais vous vivez dans un état de suspicion réciproque. Il faut répéter dix fois les choses pour être cru. » 
Conversation avec Yasser Arafat à l’Elysée, le 2 mai 1989. « Verbatim III. », par Jacques Attali, Fayard, 1995. 
 
Josette Alia  
 
Sources : Lien vers http://www.nouvelobs.com/dossiers/p2088/a255116.html> 
 
 
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Modifié en dernier lieu le 16.11.2004
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